rodaa studio « Mes projets s’ancrent dans l’histoire d’un lieu »

Son style épuré et sa capacité d’adaptation lui attirent les faveurs de restaurateurs branchés comme de groupes à succès. Rodolphe Albert, fondateur de rodaa studio, conçoit des espaces fluides et incarnés répondant aux problématiques de ses clients, sans jamais trahir l’existant.
Article rédigé par
Céline de Almeida

Chacun de vos projets semble raconter une histoire différente. Où puisez-vous votre inspiration ?

Il y a aujourd’hui une surabondance d’images. Elles nous inondent et abreuvent nos réflexions comme nos inspirations. Mon travail est perméable et peut se nourrir aussi bien des décors très étudiés de réalisateurs tels que Stanley Kubrick ou Wes Anderson, que de la poésie des films de Sorrentino et Guadagnino. Je suis également très sensible à l’approche de grands architectes comme Zumthor, Pawson, Office, Chipperfield, Tadao Ando, Arrhov Frick, Studio KO, Studio Asaï, Arquitectura-G., H Arquitectes, Rick Joy ou Anne Holtrop. La liste est encore longue ! J’aime aussi le monde de l’écrit qui, par ses récits, offre la possibilité d’une immersion singulière dans le projet proposé.

Quels sont vos signes distinctifs ?

L’agence se concentre essentiellement sur des projets d’hospitality, résidentiels ou culturels. Le langage est soigné, sans fioriture, avec des matières aussi brutes que possible. Mes matériaux de prédilection sont le béton, le bois, la terre cuite ou crue. Le confort et l’ergonomie d’un lieu sont aussi très importants lorsque je dessine un projet. Nous réalisons des espaces qui ont vocation à durer et ce, même dans des lieux où il y a beaucoup de passage.

Cette brasserie mythique, à la devanture ornée de la Cloche des Halles dont elle tire son nom, propose une cuisine de bistrot aux influences japonisantes dans une ambiance Art déco. © Robin Le Febvre
« Nous venons de livrer le dernier Doki Doki à Neuilly-sur-seine. Je travaille également sur deux projets d’hôtels. » © Charlotte Abbeys

En quoi la restauration est-elle un terrain de jeu privilégié pour vous ?

La restauration ouvre un champ créatif énorme, nourri par des concepts très variés. C’est une immersion dans un univers défini par le porteur de projet et dans lequel nous devons nous fondre, avec une grande liberté d’expression. Par exemple, pour le dernier Doki Doki rue des Martyrs à Paris, nous nous sommes amusés à créer une boîte noire et à concentrer tous les regards sur la sculpture lumineuse qui est comme en lévitation, au-dessus du comptoir en béton. À l’Auberge du Mouton Blanc, dans l’ouest parisien, c’est un langage plus classique que celui que nous développons habituellement. Nous avons rénové cet établissement avec une idée d’intemporalité qui a guidé la réflexion architecturale en jouant avec les codes de l’imaginaire du bistrot parisien, des matériaux simples comme le terrazzo au sol, des jeux de miroirs, des habillages en bois et des banquettes en cuir vert sapin.

Comment travaillez-vous les espaces et l’ergonomie de vos projets de restauration, en particulier la circulation ?

La circulation et l’ergonomie sont essentielles, elles sont le cœur du projet. Il en découle non seulement l’expérience client mais également celle des équipes de l’établissement. Nous commençons toujours par le layout, les flux et la division entre le front et le back office. Ensuite, vient le développement dit décoratif du projet.

Avez-vous pour habitude de travailler en collaboration avec des chefs ?  

Cela m’arrive en effet, lorsqu’ils sont le moteur du lieu. Dans ce cas, nous mutualisons nos forces pour créer une cohérence entre le décor et l’assiette. Chaque projet est bien souvent la rencontre de plusieurs univers, personnalités et expériences. C’est ce qui fait partie de la richesse de notre métier.

Miroirs XXL, boiseries graphiques et cuir vert sapin modernisent le décor de l’Auberge du Mouton Blanc, restaurant historique du 16e arrondissement de la capitale. © Robin Le Febvre
Pour Dumbo Oberkampf, la quatrième adresse du spécialiste du smash burger, Rodolphe Albert a imaginé un écrin minimaliste en béton, inox et bois. © Felix Dol Maillot
La signature architecturale des Doki Doki, temples du handroll ? Une cuisine ouverte cernée par un comptoir en pierre naturelle. © Charlotte Abbeys

Quels sont, selon vous, les éléments clés pour donner le ton d’un restaurant ?

C’est la lumière, naturelle ou artificielle, qui donnera l’ambiance et la tonalité du lieu, avec la possibilité de créer des ambiances très différentes entre la journée et la soirée. Certains lieux peuvent faire le choix d’être « introvertis » ou « extravertis », en connexion avec l’espace public ou non. La matière est aussi un élément phare, elle peut amener une certaine sensualité.

Vous avez signé plusieurs adresses pour deux « chaînes » de restauration : Doki Doki et Dumbo. Comment créer un ADN commun pour les restaurants d’un même groupe, tout en préservant la singularité de chaque adresse ?

Chaque chaîne dispose d’une identité propre. D’une part, par ce qu’elle propose comme produits et comme expérience, et d’autre part, par l’histoire qu’elle souhaite raconter. Notre rôle d’architecte est de réinterpréter cette vision à travers une dimension plastique en trouvant un équilibre entre la fabrication de marqueurs communs, et d’autres marqueurs qui seront davantage liés à l’existant ou à l’environnement.

Quels sont vos projets ?

Nous venons de livrer le dernier Doki Doki à Neuilly-sur-Seine. Je travaille également sur deux projets d’hôtels, l’un tourné vers le sport et la nature, l’autre également immergé dans la nature, orienté sur le bien-être et l’observation, ainsi que sur un programme mixte à Londres avec deux restaurants et des logements. Sans oublier un restaurant dans le quartier d’affaires de La Défense dans les Hauts-de-Seine, un café dans le quartier parisien du Marais et des projets résidentiels en bord de mer.

L’éclectisme dans la peau

© Felix Dol Maillot

Architecte et architecte d’intérieur, Rodolphe Albert fonde sa propre agence, rodaa studio, en 2022 à Paris. Spécialisé dans la conception et l’aménagement de restaurants, d’hôtels et de projets résidentiels, il développe un savoir-faire pluridisciplinaire sans jamais renoncer à sa liberté créative. Preuve en est de sa capacité à confronter les échelles et les codes de l’architecture, du design et de la scénographie pour répondre à des exercices de style variés. En 2025, il a été nommé dans la catégorie Construction de l’année du site ArchDaily, pour la conception de Youza Ecolodge dans l’Eure.

Assaf Granit

Chef et cofondateur de JLM group (Shabour, Shana, Kapara à Paris)

Une ambiance méditerranéenne lumineuse et moderne pour le Kapara – ex Balagan –, adresse festive et (très) branchée du cœur de Paris. © Christophe Caudroy

« Nous avons rencontré Rodolphe dans le cadre d’un appel d’offres lancé par le groupe. Très vite, ça a “matché”. Au-delà de son talent, il a cette humilité et cette simplicité qui rendent la collaboration vraiment agréable. Tout est fluide, direct et sans ego. Il y a une vraie complémentarité : nous arrivons avec une vision et il sait immédiatement comment la faire exister. Il a une capacité incroyable à analyser rapidement un espace, puis sa vision créative fait toute la différence. En résumé, son approche précise et inspirante rend notre collaboration efficace et stimulante. »

Crédit photo :
Felix Dol Maillot, Robin Le Febvre, Charlotte Abbeys, Christophe Caudroy
Article paru dans le n°
12
du magazine.
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