
Les médias vous surnomment « le maître du maximalisme ». Comment parvenez-vous à créer des espaces à la personnalité aussi forte tout en séduisant un large public ?
J’ai toujours aimé construire une narration forte à travers chacun de mes projets, qu’il s’agisse d’un restaurant, d’un club privé ou d’un hôtel. C’est ce qui relie tous les éléments entre eux et assure une véritable continuité à l’ensemble. Cela facilite aussi énormément la conception. Dans l’hôtellerie-restauration, il est possible de repousser davantage les limites et de s’amuser, car ce ne sont pas des lieux habités au quotidien, comme les maisons privées. Le processus de design y est donc très différent.
J’ai également toujours aimé la couleur, les motifs et la superposition des espaces, qui permettent de construire à la fois une narration riche et une identité esthétique forte. Nos styles varient selon le client et le « brief ». Par exemple, l’hôtel The Surrey, à New York, décline une palette de couleurs sobres, élégantes et neutres, sans jamais paraître fade. Au contraire, il s’en dégage une richesse subtile qui reflète l’élégance de la marque. À l’autre bout du spectre, le Broadwick Soho explose de couleurs et de motifs, incarnant parfaitement l’énergie du quartier londonien de Soho, ainsi que l’héritage du propriétaire de l’hôtel, élevé par des parents magiciens et artistes.

Pourtant, chacun de vos projets possède son propre ADN… Où puisez-vous votre inspiration ?
Je commence souvent par le bâtiment lui-même ou par la rue dans laquelle il s’inscrit. Puis j’élargis la réflexion à la ville et à sa culture au sens large… Tous ces éléments nourrissent la narration globale et permettent de créer un lieu à la fois visuellement séduisant et profondément ancré dans son environnement.
Qu’est-ce qui vous attire particulièrement dans les projets d’hospitalité, notamment les restaurants ?
Ce sont des espaces très stimulants : on va au restaurant pour passer un bon moment, en famille ou entre amis, fêter parfois des étapes importantes de la vie. Ce statut un peu particulier permet donc de repousser les limites et de créer quelque chose d’un peu hors du commun.


Collaborez-vous généralement avec les chefs lors de la conception d’un restaurant ?
Pas systématiquement, mais nous avons travaillé avec plusieurs chefs au fil des années, afin de concrétiser leur vision. L’un des premiers fut Daniel Boulud pour son Café Boulud à Toronto. Nous avons également collaboré avec Thomas Keller, Cyril Lignac, Andrew Carmellini et Evan Funke. Chacun apporte son univers, et nous travaillons étroitement avec eux afin de concevoir un espace unique mettant en valeur leur talent. Il arrive aussi que le chef ne soit confirmé qu’à la moitié du processus de conception, ce qui modifie forcément la manière de travailler par rapport à un projet où tout est défini dès le départ.
Selon vous, au-delà de l’assiette, quelles sont les clés d’une expérience réussie ?
L’un des éléments essentiels est le parcours proposé aux clients. Tout repose sur une planification minutieuse, à laquelle notre studio accorde une grande importance. La circulation dans l’espace est fondamentale : les clients doivent pouvoir arriver et se déplacer de manière fluide et intuitive. Dès l’entrée, ils doivent se sentir détendus tout en comprenant instinctivement l’organisation du lieu…
Cela peut commencer par un espace d’accueil chaleureux, avec des assises confortables et la possibilité de prendre un verre avant le dîner. La salle principale doit ensuite être soigneusement pensée, avec une diversité de configurations : des tables intimistes pour les repas en tête à tête, d’autres plus conviviales pour les groupes… L’espace entre les tables doit être suffisant pour éviter toute sensation d’inconfort, sans pour autant rompre le lien avec l’ambiance générale.
La hauteur des tables et des chaises est presque une obsession pour moi : étant grand, je ne supporte pas que mes genoux touchent la table ! Nous y consacrons donc beaucoup de temps. La variété des assises est également primordiale : chaises, banquettes et tabourets de bar contribuent ensemble à créer une atmosphère chaleureuse.


Et la lumière ?
L’éclairage peut faire ou défaire le succès d’un restaurant. Selon les moments de la journée, différents paramètres doivent être pris en compte. Un lieu ouvert du matin au soir doit pouvoir accompagner ses clients depuis la lumière naturelle des petits déjeuners jusqu’à l’ambiance feutrée des dîners.
Nous collaborons souvent avec des concepteurs lumière, mais j’utilise généralement trois niveaux d’éclairage pour structurer l’atmosphère : un éclairage bas, qui invite intuitivement à entrer et diffuse une lumière chaleureuse ; un éclairage intermédiaire, souvent sous forme d’appliques ou de lampadaires ; puis un éclairage doux en hauteur, comme des spots diffusants ou des suspensions et des lustres plus spectaculaires.
La température de couleur est également essentielle : personne n’est mis en valeur par une lumière bleutée trop froide ni par un éclairage de plafonnier standard. Enfin, un éclairage de table, introduit au coucher du soleil, avec des bougies ou des lampes rechargeables, vient parfaire l’atmosphère.
Selon vous, quelles sont les clés de votre réussite ?
J’ai eu la chance de bénéficier de nombreuses opportunités au cours de ma carrière auprès de clients formidables, mais je dois surtout beaucoup au soutien de mes équipes, à Londres comme à New York, sans lesquelles je n’aurais jamais pu accomplir tout cela.


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