La Compagnie Française de l’Orient et de la Chine : 60 ans de dépaysement

Maison singulière dans le paysage français, la Compagnie Française de l’Orient et de la Chine (CFOC) fait un pont artistique et culturel entre Asie et Occident depuis maintenant soixante ans. L’occasion d’aborder son histoire et de découvrir la collection anniversaire autour des arts de la table.
Article rédigé par
Florence Valencourt

Si Valérie Mayéko Le Héno a pris la direction artistique de la maison en 2016, elle y a fait toute sa carrière et peut donc évoquer avec une perspective certaine l’ADN de celle-ci, son évolution, l’actualité du soixantenaire et son ambition pour les années à venir.

Avant toute chose, elle partage sa fierté :
« Les maisons qui ont un tel héritage, il y en a peu, surtout dans le milieu de la décoration. Pour la collection anniversaire, je me suis régalée à puiser dans les archives pour pouvoir réinterpréter certaines pièces ou certaines techniques sous un angle nouveau. » De fait, hormis le « rouge CFOC », créé en 2012 et inspiré des armoires de mariage chinoises en laque, peu de rééditions cette année. Plutôt une vraie synthèse entre l’artisanat ancestral des ateliers en Orient et la vision contemporaine de la directrice artistique ici, en Occident. L’ensemble révèle des objets inédits, de nouvelles formes et finitions, qui dialoguent naturellement avec les iconiques de la maison. Ces créations ancrées dans l’air du temps incarnent un héritage vivant sans cesse renouvelé et tourné vers l’avenir. Les lignes épurées des motifs Ombrelle entrent en résonance avec l’art ancestral du Shibori et du patchwork Pojagi. Ce métissage des savoir-faire donne naissance à des objets d’exception : éditions limitées et numérotées, réinterprétation de pièces iconiques et formats spectaculaires.

Valérie Mayéko Le Héno a su faire sortir la CFOC de l’exotisme pour l’ancrer dans nos intérieurs contemporains.

En ce qui concerne les arts de la table et la verrerie, l’inspiration est celle du wabi-sabi, ou l’éloge de la singularité, de l’imperfection élevée au rang d’exception prisée. Pour les gammes Lotus et Clair de Lune, Valérie a ainsi demandé à ses ateliers partenaires – avec qui elle collabore de longue date en toute confiance – l’inverse de sa requête habituelle. Soit, explorer les facettes de coloration à travers les glaçures instables et en assumer toutes les variations, de couleur comme de texture. De son propre aveu, les ateliers, d’abord surpris, se sont bien amusés à l’exercice. Le résultat est saisissant et le mix&match des trois services sur table donne un résultat à la fois « hétéroclite et harmonieux » comme la maison l’apprécie. Pour la verrerie, la CFOC a fait appel à un atelier en Inde à qui elle a demandé d’utiliser de la verrerie mêlée et d’aller chercher plus de matières et plus de marbrures pour, là encore, un résultat où l’imperfection est sublimée.

La collection Clair de Lune, des céramiques qui reproduisent les aléas de la nature, pour un rendu des plus poétiques. © DR
Le mix&match est hautement recommandé par la CFOC, ici une assiette Corolle et des verres Santal. © DR
La collection Lotus, ou l’art de l’émaillage artisanal assumé et transcendé. © DR

Cette posture de la maison marque un ancrage dans la modernité qu’on ne lui a pas toujours connu. François Dautresme, le fondateur, est clairement à l’avant-garde quand il crée l’entreprise en 1965. Voyageur passionné, il parcourt alors les provinces reculées de la Chine ou du Vietnam, sans cesse émerveillé par la perfection des gestes transmis de génération en génération. Il a fait naître ce goût du « simplement beau » qui définit l’essence même de la CFOC : créer des objets du quotidien de qualité, authentiques et fonctionnels, qui se marient à merveille avec les intérieurs contemporains. François Dautresme devient alors un spécialiste hors pair de la laque, du bambou, des pierres de rêve, de la poterie… Pour autant, s’il a permis à des ateliers familiaux de poursuivre leur art et de faire vivre durablement leurs traditions, la CFOC avait fini par devenir trop « folklo-chic » sans réussir à faire le voyage retour entre Orient et Occident. En 2011, Laurent Dumas, président fondateur du groupe Emerige et passionné d’art, voit le potentiel de la maison et décide de lui donner un second souffle en l’inscrivant dans un art de vivre plus contemporain et européen. Une vision qu’a su parfaitement traduire depuis,
Valérie Mayéko Le Héno.

Aujourd’hui, si la CFOC entend avant tout étendre sa vision différente de la beauté au-delà des frontières françaises, elle n’en néglige pas pour autant notre art de vivre et notre gastronomie. Ainsi, si elle travaille déjà avec le chef Cyril Lignac ou les hôtels Evok sur quelques collections, la maison aimerait aller plus loin encore et passer à la cocréation, sur mesure. Amis chefs, à bon entendeur !

Crédit photo :
DR, Marie Erhardy
Article paru dans le n°
12
du magazine.
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