Bernardaud : un cœur de porcelaine

C’est l’une des marques les plus emblématiques des arts de la table à la française. Située à Limoges, la manufacture Bernardaud connaît depuis plus de 150 ans un succès qui ne se dément pas. à l’occasion du Championnat du monde du chou farci, initié par l’entreprise elle-même, retour sur un symbole de l’excellence tricolore.
Article rédigé par
Jean-Pascal Grosso et Florence Valencourt

Bernardaud, porcelaine de Limoges »… Toute une génération, celle des quinquas et des quadras d’aujourd’hui, a été bercée par la réclame de la vénérable manufacture limousine. Mais n’allez surtout pas penser que le prestige de Bernardaud appartient au passé. Du haut de ses plus de 150 ans, l’entreprise fait briller avec un engouement et un génie intacts la tradition française des arts de la table à travers le monde. Preuve de sa belle énergie et de son intérêt constant pour les arts culinaires : Bernardaud a eu l’idée de créer le Championnat du monde du chou farci, en partenariat avec Les Artcutiers. Tel un sacre, la finale a eu lieu au sein même de la manufacture Bernardaud de Limoges, sous la présidence de Philippe Etchebest. Et c’est un Français, Olivier Caillon, charcutier chez Arnaud Nicolas à Paris, qui a décroché la timbale.

Michel Bernardaud, en compagnie du chef Philippe Etchebest, président du jury du Championnat 2026. © DR

La quête de l’« or blanc »

« Notre savoir-faire n’est pas figé, il évolue et s’améliore sans arrêt au fur et à mesure de l’introduction de nouvelles technologies », souligne Michel Bernardaud, président du directoire de Bernardaud. Avant tout, il faut parler de l’« or blanc » et remonter bien loin, en 1768 exactement. C’est cette année-là qu’on découvre, dans le Limousin, une argile onctueuse et blanche qui donne à la porcelaine à la fois toute sa délicatesse et sa résistance. Le kaolin, voilà ledit « or blanc », le secret de la porcelaine que l’on croyait réservé à une Chine lointaine. Si la Manufacture royale est la première à s’installer à Limoges en 1774, d’autres s’y implantent au fil des décennies. Léonard Bernardaud fait son apprentissage dans l’une d’elles, créée en 1863. Ambitieux, visionnaire, le jeune homme prend rapidement du galon. Trente-deux ans plus tard, il rachète l’entreprise et la baptise de son nom. L’éminente maison Bernardaud est née.

La manufacture Bernardaud a été fondée en 1863. C’est l’une des seules manufactures familiales qui subsistent encore à Limoges. © DR
Image d’archives : dans la fabrication des porcelaines, le savoir-faire est ancestral et se transmet de génération en génération. © DR

L’avis d’artiste

« À Limoges, la porcelaine a été magnifiée par la tradition des arts décoratifs à la française, des savoir-faire d’exception qui se sont développés dans notre ville et dont nous sommes tous très fiers », indiquait Michel Bernardaud au micro de RTL en 2023. Plus que jamais, Bernardaud est une institution qui a toujours réussi à embrasser l’air du temps. Avec les années, l’évolution des goûts et des techniques, la maison se diversifie : arts de la table, mais aussi décoration, luminaires, bijoux, flacons de parfums (pour Lancôme), d’alcool (le récent 1975 de la maison Hine). Sans oublier l’architecture et même le blindage céramique. Ce don d’ubiquité créative capte l’intérêt de grands artistes qui, de leur talent, de leur imaginaire, vont inspirer des modèles uniques et somptueux. Ils se nomment David Lynch, Kazuyo Sejima, Jeff Koons ou encore Omar Victor Diop. C’est toujours dans cet esprit que Bernardaud a fondé l’Atelier B, au cœur même de la manufacture historique où des céramistes peuvent jouir de toutes les compétences maison afin de créer des petites séries exclusives.

À table !

Revenons à ce qui fait encore et toujours la réputation de Bernardaud : sa capacité à enchanter les arts de la table. Fort aujourd’hui de trois marques réunies sous une même bannière (Bernardaud, la Manufacture royale et l’ancien concurrent Haviland racheté en 2024) et de quatre sites de production sur Limoges et sa périphérie, la maison porte plus que jamais cette tradition française vers les sommets. Cela passe par un échange permanent avec des chefs reconnus. Ce dialogue « technico-créatif », comme on le souligne chez Bernardaud, questionnant la résistance, le design, la praticité des modèles, autant que cette saisissante capacité d’adaptation aux transformations de la cuisine, profitent au final à chaque nouvelle collection ou série limitée. Cette année, vous croiserez ainsi Lobster de Jeff Koons, Thé Dansant de Joana Vasconcelos et les nomades : des mugs tout en finesse ou en fantaisie.

« Entreprise du Patrimoine Vivant » depuis 2005, certifiée ISO 9001 (c’est-à-dire s’engageant sur la qualité et l’amélioration continue de ses processus), Bernardaud compte aujourd’hui 750 collaborateurs dont l’immense majorité travaille sur le site limousin. Une volonté de prolonger la tradition d’un « fabriqué en France » d’exception et de mettre toujours mieux en valeur l’« intelligence de la main » du modeleur, de la coloriste, de la décalqueuse, du finisseur… avec une implication passionnée dans la dynamique de ses territoires. De quoi poser un regard neuf sur votre porcelaine au prochain apparat de votre table pour le dîner.

Comme c’est chou !
C’est l’artiste plasticien chinois Qi Zhuo, grand amoureux de la France, qui a eu une nouvelle fois l’honneur d’imaginer le trophée de la seconde édition du Championnat du monde du chou farci. Idée géniale, rendu sublime, les assiettes viennent ici épouser les formes de feuilles de chou. Fabriquée dans les ateliers Bernardaud, l’œuvre a été rehaussée d’or fin pour, confie la manufacture, « souligner la beauté du geste de l’artiste ». À noter qu’à l’attention des chefs, Bernardaud propose un service pensé pour le chou farci et baptisé Villandry.
Limoges en fête
Pour la deuxième édition du Championnat du monde du chou farci, Bernardaud et les Artcutiers se sont rapprochés de la ville de Limoges pour prolonger l’événement professionnel en une belle fête populaire. C’est ainsi qu’après les épreuves organisées au sein de la manufacture, l’annonce des prix s’est déroulée au cœur des magnifiques halles gourmandes de la ville. La foule était nombreuse pour assister au sacre du Français Olivier Caillon, mais aussi pour participer à une dégustation conviviale dont les Limousins ont le secret. Les commerçants des halles avaient joué le jeu, proposant de jolies créations autour de la thématique du chou. Une réussite.
Crédit photo :
Odieux Boby, Thierry Laporte, Arthur Peta, DR
Article paru dans le n°
14
du magazine.
Voir le site
Inscrivez-vous pour être informé en avant première et recevoir les offres exclusives !
Merci pour votre abonnement !
Oups! Il semblerait que quelque chose n'ait pas fonctionné...